Stromae au dialogue Télérama

Au dialogue Télérama Lundi 23 septembre, au Théâtre du Rond-Point à Paris, 40 personnalités de la culture étaient interviewées par la rédaction et par le public. Parmi ces personnalités : Marie Drucker, Emmanuelle Béart ou encore Norman (fait des vidéos)… Mais ce qui m’intéressait, c’était évidemment Paul Van Haver aka Stromae.

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Stromae, un chanteur grand public. Vraiment ?

Oui évidemment, Stromae. c’est le gars qui passe en boucle avec Papaoutai sur Skyrock et Fun Radio, sur MTV et NRJ12 … Le gars qui a fait « Alors on danse », la musique qui a le plus tourné dans les soirées autour de la Terre en 2010/2011 et qui a fini par te scanner le cerveau… D’ailleurs, en voyant l’audience, une majorité de quadras et de quinquas parisiens assez bourgeois, on constate qu’il a pris une dimension tellement forte, qu’il en est devenu « main stream », quelle horreur. Mais Stromae c’est avant tout un artiste, un créateur, un parolier hors pair qui sait tout autant te faire danser sur des beats entrainants, que te toucher avec des lyrics profonds.

Quand on est artiste, ça se voit. Et ça s’est vu. Alors qu’on lui pose une question bateau sur ses influences musicales, il se lance dans une explication technique sur : les BPMs, les liens entre House et Hip Hop, un même langage musical selon lui, sur les raisons qui le poussent à préférer la Trap Music à la Dub Step…

Paul souhaite expliquer en quoi le Down Tempo de la Dub Step ne convient pas à la complexité de son groove. Et là, il se met à taper ses mains contre sa cuisse en guise d’instrument de percussion ainsi qu’à jouer du beatbox… la magie opère.  Le public suit tant bien que mal, ne comprend pas vraiment, mais est séduit.

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« La tristesse n’existe que parce qu’il y a la joie. »

Cette assemblée d’environ 500 personnes, regarde et se délecte des réponses tantôt drôles, tantôt personnelles mais toujours aussi digressives. Car si on doutait encore de la bonne humeur et de l’humour, on en a eu la preuve par ses réponses. Jamais il ne peut se contenter de phrases courtes straight to the point. Il se sent obligé de se lancer dans des propos tous plus drôles et émouvants les uns que les autres.

Quand on lui demande s’il est cynique, il répond que non, il est mélancolique. « Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas alterner les pleures et les rires, je suis sûr que même pendant la guerre on passe de bons moments » alors pourquoi pas en faire autant avec le cancer? C’est pour cela qu’il commence par la provoque dans sa chanson « Quand c’est » : « T’as d’abord voulu t’faire ma mère. T’as même commencé par ses seins. » et il a raison c’est drôle. Drôle comme ses punchlines les plus tragiques, triste comme ses blagues les plus légères.

Il n’hésite pas à parler de sa mère qui, « alors que certains s’endettent pour acheter des voitures préférait s’endetter pour voyager avec ses enfants ». Le jeune Paul a d’ailleurs été très marqué par la dignité d’un peuple bolivien qui  « a ses problèmes, travaille dur et n’espère ni pitié ni rien du tout », une leçon pour les occidentaux.

De son père qui ne l’a pas reconnu, qu’il n’a vu que quelques fois, qui a beaucoup été absent, qui l’est aujourd’hui pour toujours. Mais qui a fait de son mieux. « Devenir adulte, c’est comprendre ses parents car qui suis-je pour pardonner mon père ?! » Une phrase forte de celui à qui on a pas tout donné, mais qui est déjà reconnaissant de ce qu’il a eu.

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L’humilité du génie

Stromae est désolé. Il le dit souvent, se reprend à base de « enfin je ne juge pas… » et autres « je ne veux offenser personne… » comme s’il avait peur de lui-même être jugé. Comme si lui-même avait été offensé par les propos et les positions trop figées des autres. Il se tourne beaucoup à l’autodérision, admet qu’il vient de dire une bêtise… On sent tout le recul qu’il a sur la vie et sur lui-même du haut de ses 28 ans et de son mètre quatre-vingt quinze. Cette taille et cette « maigreur » comme il l’appelle, qu’il assume aujourd’hui mieux grâce au public, mais qui a été la cause de complexes auparavant. « Là ça va mieux, mais imaginez quand je portais des baggys, j’adorais ça… J’avais l’air d’un cintre ». Le public est mort de rire, lui aussi.

L’humilité aussi dans sa musique. Il l’a étudiée à l’université dans une école de cinématographie, il l’enseigne dans ses « leçons » sur Youtube mais sait rester à sa place. Il y a meilleurs que lui, il ne peut pas tout faire et l’assume aujourd’hui : « J’ai fini par me dire : n’aies pas l’arrogance de vouloir tout faire tout seul. Accepte de ne pas être parfait et d’avoir besoin d’aide. » Et de l’aide, il n’en a jamais autant demandée que sur cet album.

Il a fallu qu’on le dirige dans la caméra cachée de Formidable car il n’est « pas acteur », c’est son habilleuse qui a trouvé l’idée du père figée dans Papaoutai « ce qui a permis d’y mettre de la danse autour »… Puis il y a « Avé Cesária », son hommage à Cesária Évora, la plus grande chanteuse cap-verdienne de l’histoire, aujourd’hui décédée. C’est grâce à Orelsan, qui lui, ne la connaissait que très peu, qu’il a pu trouver le regard extérieur nécessaire pour matérialiser son émotion et en faire un vrai titre puissant.

Puissant comme tout son album. Son manager le dit bien « depuis qu’il y a moins d’argent dans la musique, il ne restent que les plus passionnés ». Stromae en est un, c’est certainement pour cela qu’il est si bon dans ce qu’il fait.

 

Pour le suivre, n’hésitez pas à consulter son site http://www.stromae.net/, il y a tout ce qu’il faut pour le trouver sur les réseaux et acheter sa musique.

 

Rudy L. Turinay, @CupcakeRudy

24/09/2013
Par : Rudy
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